Tribune de Lise Talbot Barré, Chargée d’affaires a.i., sur la peine de mort [ru]

La France poursuit sa campagne pour l’abolition de la peine de mort dans le monde

En ce jeudi 10 octobre, la France se mobilise pour la 11ème journée mondiale contre la peine de mort. Depuis un an, l’abolition universelle de la peine de mort est une priorité de la diplomatie française au travers d’une campagne mondiale lancée par le Ministre des Affaires étrangères en octobre 2012.

L’abolition universelle de la peine de mort est un combat à long terme, pour lequel des progrès sont visibles sur l’ensemble des continents. Ces dernières années, la lutte contre la peine de mort a enregistré de nombreuses victoires, avec de nouvelles abolitions et une baisse tendancielle du nombre de condamnations à mort et des exécutions dans le monde. A ce jour, 99 Etats ont aboli la peine de mort pour tous les crimes, 8 l’ont aboli pour les crimes de droit commun, et 33 respectent un moratoire sur les exécutions, soit 140 Etats au total qui ont aboli cette peine de facto ou de jure. En revanche, la peine de mort est toujours appliquée dans 58 Etats et territoires.

Néanmoins, alors que la lutte contre l’abolition de la peine de mort a enregistré plusieurs succès aux Nations Unies (adoption à une majorité plus ample de la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies appelant à l’instauration d’un moratoire universel sur la peine de mort, participation des représentants de plus de 90 pays au 5ème Congrès mondial contre la peine de mort), le bilan de l’année 2012 et du début 2013 est mitigé voire décevant.

Depuis 2012, 29 Etats ont procédé à des exécutions et 682 exécutions ont été recensées par Amnesty international en 2012, soit presque autant qu’en 2011. En outre, si la Mongolie et le Bénin ont aboli la peine de mort, le Japon, la Gambie, l’Inde, l’Indonésie, le Koweït, le Pakistan, l’Afghanistan et le Nigéria ont rompu de fait des moratoires, observés parfois depuis plusieurs années.

Les débats sur le thème de la peine de mort se poursuivent. Ces débats sont bien souvent animés par l’émotion. C’est le cas actuellement en France où la mort brutale à Clermont-Ferrand de la petite Fiona, 5 ans, a suscité une vive émotion au sein de la population française, relançant de vifs débats sur la peine de mort, notamment sur les réseaux sociaux, plus de trente ans après son abolition.

Ce débat est également d’actualité en Biélorussie où 3 condamnations à mort ont été prononcées cette année et alors que Mme Kovaleva attend toujours de savoir où a été enterré son fils plus d’un an après son exécution pour pouvoir faire son deuil.

Au-delà de l’émotion légitime et que je partage pleinement, la question de la peine de mort est pour moi davantage une question de morale et un choix de conscience qui revient à chacun de nous. Une société capable d’envoyer des hommes sur la lune doit pouvoir être capable d’utiliser d’autres méthodes que celles des criminels eux-mêmes pour rendre justice et protéger ses citoyens.

La France poursuit sa campagne de grande ampleur avec l’objectif ambitieux d’aboutir à l’abolition universelle de la peine de mort. Pour cette 11e journée mondiale contre la peine de mort, un séminaire parlementaire est organisé à Paris, conjointement avec l’association « Ensemble contre la peine de mort », l’Assemblée Nationale et le Sénat, les 9 et 10 octobre à Paris. Ce séminaire réunit des parlementaires de dix pays d’Afrique du nord et du Moyen-Orient (Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Egypte, Palestine, Liban, Jordanie, Irak) et a pour but d’évoquer les défis de l’abolition, les stratégies pour y parvenir et le rôle clef des parlementaires comme porteurs du changement.

Dernière modification : 11/10/2013

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